Il s’agit d’un thème encore tabou, cependant les troubles de la libido n’ont pas de genre, ils concernent tout le monde. La baisse du désir peut survenir à n’importe quel moment et ne touche pas exclusivement les couples matures. Dans certains cas, le désintérêt pour la sexualité est radical et semble immuable. On parle alors d’anaphrodisie, aussi connue sous le nom d’anorexie sexuelle. Encore peut connu, ce trouble touche pourtant de nombreuses femmes mais aussi beaucoup d’hommes. Si la sexothérapie est parfaitement capable de rendre son désir sexuel au patient, rares sont ceux qui font le choix d’en parler. Dans cet article, nous allons lever le voile sur les préjugés et faire le point sur ce sujet tabou.

anaphrodisie

Qu’est-ce que l’anaphrodisie ?

Comme son nom l’indique, l’anaphrodisie est l’absence de désir sexuel. Cette condition est bien plus radicale qu’une simple baisse de la libido. En effet la baisse de l’appétit sexuel n’empêche pas une personne de ressentir une attirance pour une autre personne, d’éprouver le besoin de se masturber ou de se réfugier dans le monde des fantasmes. Les personnes atteintes d’anaphrodisie, elles, n’ont aucune envie de faire l’amour, ni avec leur partenaire, ni avec personne d’autre. Elles ne se masturbent pas et n’ont pas de fantasmes sexuels.

En résumé, les personnes atteintes d’anaphrodisie ne sont jamais excitées. Cependant, il ne faut pas confondre ce trouble avec la frigidité. Une personne frigide peut avoir envie de faire l’amour, mais elle ne ressent rien et n’expérimente jamais l’orgasme. Ceux qui sont atteints d’anaphrodisie au contraire, peuvent prendre du plaisir au cours de la relation sexuelle et même atteindre l’orgasme. Le problème, c’est que ces personnes n’ont jamais envie de faire l’amour et que cela peut même aller jusqu’à les dégoûter.

Ce trouble concerne majoritairement les femmes, 15 % d’entre elles avant 50 ans. Et elles sont près de 30 % à perdre tout intérêt pour le sexe après la ménopause. Les hommes quant à eux sont bien moins touchés, ils sont à peine 3 % avant 50 ans et tout juste 13 % passé la crise de la cinquantaine. Cependant ces chiffres sont à prendre avec précautions : au vu de l’absence de manifestions physiques, ces statistiques ne reposent que sur les témoignages volontaires. L’anaphrodisie, tout comme la baisse de la libido, sont des sujets encore très tabous. Il est donc probable que le nombre de personnes atteintes par la disparition de l’excitation sexuelle soit bien plus important que ce que nous disent les chiffres.

Qu’est-ce qui cause l’anorexie sexuelle ?

L’anaphrodisie peut se manifester à deux niveaux. Soit ce trouble est présent depuis toujours et s’est manifesté dès les premiers émois sexuels. Dans ce cas là, on parle de forme primaire. Soit ce trouble est apparu soudainement, après un événement particulier. Dans ce cas, on parle de forme secondaire.

anorexie sexuelle

Les sources de l’anaphrodisie primaire.

Comme je vous le disais, l’anaphrodisie est un trouble encore peu étudié. Ces causes ne sont pas claires et côté cause physique, l’anomalie hormonale semble être la seule explication. En effet, cette anomalie peut être à l’origine d’un mauvais développement de l’appareil génital qui est à son tour responsable de l’absence de désir. Cependant dans la majorité des cas, l’anaphrodisie trouve son origine dans les causes psychiques.

  • L’abus sexuel : viol, attouchement, atteinte à l’intimité. Ce sont des traumatismes qui auront forcément une répercussion sur la vie sexuelle de la personne. L’anaphrodisie n’est pas systématiquement l’une d’entre elles, mais elle est probable.
  • Les représentations négatives : si l’enfant ou le jeune adolescent grandit avec l’idée que le sexe « c’est mal », que prendre du plaisir « ce n’est pas bien » ou encore s’il a honte de sa sexualité.
  • Certains cas d’homosexualité refoulées. Il peut arriver qu’une personne ne ressente aucune excitation car elle se trompe d’objet de désir. La préférence sexuelle est encore un sujet tabou et mal connu.

Si vous-même ou votre partenaire en est atteint, il est important de garder cela en tête : l’anaphrodisie primaire est la conséquence d’un choc, d’un traumatisme important. Ne vous jugez pas, ne jugez pas l’autre, il s’agit d’une condition psychique complexe qui demande l’assistance d’un professionnel.

Les sources de l’anaphrodisie secondaire.

Contrairement à la forme primaire, la fore secondaire apparaît au cours de la vie sexuelle du sujet. Dans ce cas, il existe plusieurs explications d’origines physiques :

  • les maladies endocriniennes : le dysfonctionnement des hormones peut expliquer un trouble du désir. Comme vous le savez, elles sont chargées de déclencher l’excitation. Elles peuvent également être à la source des troubles de l’érection.
  • Les infections urinaires et génitales répétées : elles peuvent provoquer un dysfonctionnement hormonal et dans le même temps désexualiser l’appareil génital.
  • La consommation d’alcool et de drogues peut également perturber l’excitation sur le long terme.

Bien sûr, les causes psychiques sont nombreuses, elles rejoignent celles qui sont à l’origine d’une baisse de la libido. Tout ce qui entrave le bonheur d’une personne peut potentiellement être la cause de l’anaphrodisie :

  • la dépression est la cause la plus courante. Une personne atteinte de dépression produit moins de sérotonine que la moyenne. Hors, la sérotonine est justement l’hormone qui déclenche l’excitation et détermine notre libido.
  • Un événement : la perte ou la mort d’un proche, une séparation compliquée, la perte d’un emploi.
  • Enfin, l’anaphrodisie secondaire se manifeste aussi chez les personnes perdent confiance en elles. Dans ce cas la relation de couple est souvent la cause cachée du problème : disputes, violence, mauvais traitement, humiliation …

Quelles sont les répercutions de l’anaphrodisie ?

Les conséquences de l’absence de désir sont légèrement différentes selon si le trouble est apparu soudainement ou non. Les personnes qui souffrent d’anorexie sexuelle vivent souvent relativement bien avec le non-désir. N’ayant jamais connu autre chose, l’anaphrodisie fait pratiquement partie de leur caractère et de leur personnalité. D’ailleurs bien souvent cette dernière se forge tout autour de cette perception singulière qu’elles ont de la sexualité. N’oublions pas que la sexualité n’est pas le seul ingrédient au sein d’un couple heureux. On peut être atteint d’anaphrodisie mais être aimant et attentionné. Si ces personnes trouvent quelqu’un qui sait les aimer comme elles sont, elles pourront avoir une vie de couple et être heureuses, comme n’importe qui.

Cependant, il existe aussi le cas où la personne se sent si différente des autres qu’elle se referme sur elle-même. Dans ce cas les conséquences de l’anaphrodisie primaire sont désastreuses, aussi bien sur la vie sociale que sur la vie sexuelle de cette personne. D’autant plus que la plupart du temps la personne n’est pas consciente de sa condition et il est rare qu’elle aille d’elle-même consulter un professionnel. Comme je vous le disais, l’anaphrodisie est encore un sujet tabou.

Pour ceux chez qui le trouble est apparu de manière spontanée, la principale conséquence est le développement d’un fort sentiment de culpabilité. De cette culpabilité peut en découler de la frustration, de la honte et un renfermement sur soi-même. Si le couple n’est pas solide, ou si la cause n’est pas déterminée à temps, l’anaphrodisie peut même aller jusqu’à la séparation. Dans certains cas, on observe même un changement de personnalité. Une personne joviale et avenante peut devenir désagréable voire violente.

Existe-t-il des traitements pour l’absence de désir ?

Comme je vous le disais, l’anaphrodisie est un trouble encore méconnu. Pour cette raison, il n’existe pas de traitement médical spécifique à ce trouble. Dans certains cas, le médecin pourra prescrire un traitement hormonal. Dans d’autres, le médecin pourra également prescrire des antidépresseurs. Ces médicaments permettent de rééquilibrer la production de sérotonine et donc de stimuler la libido. Cependant, dans la plupart des cas, l’origine de la perte de désir est d’ordre psychologique.

sexothérapie pour troubles de la libido

C’est pour cela qu’une personne atteinte d’anaphrodisie doit absolument consulter un psychologue. Ensemble, ils détermineront le degré du trouble afin d’entamer une thérapie adaptée telle qu’une sexothérapie. Dans la plupart des cas, ce mal est tout à fait curable. Il faut cependant être disposé à déterrer ce que notre inconscient a soigneusement enterré.

Le premier pas vers un retour à la normal est la prise de conscience. Pour cela, parlez-en d’abord avec votre conjoint(e). Faites-lui comprendre que votre absence de désir n’a rien à voir avec lui/elle et qu’il s’agit d’un problème personnel que vous souhaitez résoudre avec lui/elle.