La sexualité avec des robots ou le fait de faire l’amour de manière digital, sans partenaire humain, semble n’être qu’un fantasme de Science-Fiction, et pourtant…Les experts du domaine sont nombreux à expliquer que le monde de demain et sa sexualité vont changer, et amener l’homme vers de plus en plus d’échanges digitaux pour atteindre le plaisir. Ca a d’ailleurs déjà commencé, avec une première génération de Digisexuels bien active.

Faut-il craindre cette évolution ? Mettre en garde contre ces pratiques comme le font certaines associations ? Ou au contraire, voir ces avancées technologiques comme une véritable chance d’explorer de nouvelles voies ? Des spécialistes se sont penchés sur la question et on vous présente quelques éléments de réponses.

digisexuels

La sexualité de demain sera digitale

Il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que les pratiques amoureuses et celles liées au sexe ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 50 ans. Le monde évolue et avec lui la technologie, qui permet beaucoup plus qu’auparavant.

Les rencontres amoureuses se font désormais via des applications ou des sites de rencontre, via des échanges de SMS ou de messages vidéo, voir même par Webcam interposées, pour une attitude qui s’est banalisée alors qu’elle était mal vue il n’y a encore pas si longtemps. C’est une évolution logique, du fait de la multiplication d’écrans et du tout connecté, qui laisse présager de nombreux changements pour la sexualité des futures générations.

La machine est en marche, et certains observateurs affirment que cela va déboucher sur de nouveaux comportements amoureux et sexuels, sur le développement d’une identité sexuelle nouvelle et sur une mentalité qui devra accepter ou rejeter la chose.

Ce n’est pas de la Science-fiction, car la première génération de Digisexuels, comme on nomme ces pratiquants d’un nouveau genre, est déjà là.

Une première génération de digisexuels déjà implantée

Les moins de 30 ans ont grandi avec une technologie nouvelle, capable de faciliter les rencontres ; plus besoin d’heures de drague autour d’un café, de semaines de lutte pour finalement oser inviter une jolie demoiselle à prendre un verre ; tout est devenu rapide, avec l’arrivée des systèmes comme Tinder et ses Swipe, ou comme les sites de rencontres et leurs profils qui matchent selon vos affinités.

Ces individus, qui ne passent presque plus que par les écrans pour entamer (et parfois vivre) leur relation, ont été surnommés Digisexuels – pour digital / sexuel – par certains scientifiques. Ce terme évoque ces habitudes de se servir du digital pour se  rencontrer, mais également pour pratiquer sa sexualité. Comment est-ce possible ?

Comme nous l’explique Neil McArthur, professeur de philosophie à l’Université du Manitoba, nous avons tous déjà utilisé la technologie d’une manière ou d’une autre dans nos relations et le fait de passer à un cap supérieur – avec des robots ? – ne serait pas si choquants. D’ailleurs, une deuxième génération de Digisexuels est déjà apparue et elle semble se diriger tout droit vers une manière de vivre sa sexualité qui rompt totalement avec les traditions.

sex digital robots

La deuxième vague d’innovation au service du plaisir

Les innovations technologiques vont grandissantes, avec toujours plus d’objets au service du plaisir et une facilité d’accéder à ce plaisir en linge très rapidement. On pense notamment aux sites pornographiques, toujours plus consommés, et aux avancées de la réalité virtuelle qui renforce encore plus l’immersion.

L’étape suivante pourrait bien être l’humanoïde au service du sexe, qui suscite déjà beaucoup de curiosité. On trouve des sex-doll très réalistes, mais à part un aspect ressemblant à celui d’un être humain, on est loin d’obtenir la même satisfaction dans les interactions avec ces poupées sexuelles. Pour les femmes, les sextoys évoluent mais aucun robot sexuel n’est à même de reproduire les mouvements d’un homme, ce qui rend l’expérience étrange. Peut-être pas pour longtemps…

L’avancé de la technologie, notamment en matière d’Intelligence artificielle, permet de plus en plus de développer des androïdes capables de réagir à certaines sollicitations. Certains peuvent discuter au lit, d’autres répondre à certaines questions, quand certaines machines humanoïdes sont aptes à anticiper vos besoins (en allumant le chauffage avant votre heure d’arrivée prévue) ou en simulant le rôle de petite amie, par exemple en envoyant des SMS durant la journée pour prendre de vos nouvelles.

Au Japon, un homme a même épousé l’hologramme d’Hatsune Miku (elle-même chanteuse virtuelle…), estimant qu’elle remplissait le rôle d’épouse comme il l’imaginait. Il n’est donc pas difficile d’anticiper de nouveaux comportements, qui verraient les acteurs de cette nouvelle génération privilégier les relations virtuelles ou androïdes à celles plus humaines, qui comportent leur lot de difficultés.

Un futur de la sexualité sans partenaire humain ?

Si la technologie le permet, les robots pourraient être les partenaires sexuels de demain. Récemment, des maisons closes avec des poupées robots ont vu les jours, non sans polémique, mais cela laisse entrevoir les possibilités de développement de cette sexualité avec un seul partenaire humain. La curiosité autour de ces formes de sexe nouvelles est grande et si la technologie évolue, on pourrait assister rapidement à des pratiques novatrices.

C’est ce qui inquiète certaines associations qui voient dans cette évolution numérique / robotique du sexe une menace pour l’espèce, d’une part, mais surtout une représentation dégradante de la femme qui serait cette fois-ci, sous sa forme androïde, totalement soumise. Le professeur Neil McArthur est conscient du problème, puisqu’il pointe du doigt l’industrie actuelle, qu’il accuse de promouvoir cette image de femme-objet destinée au simple plaisir masculin.

C’est dommage, car l’avancée en matière de robotique pourrait permettre tellement plus ! On associe les robots sexuels à des poupées gonflables pour homme moderne,  en oubliant que les plus grands utilisateurs de sextoys…sont les femmes. En travaillant sur ce secteur, il serait possible d’apporter une image plus noble à cette technologie tout en ouvrant de nouvelles vois au plaisir féminin.

Toutefois, dans cette optique, la problématique reste la même : le sexe à 2 tendrait à se raréfier si tout le monde se mettait à coucher avec des robots. C’est là que l’avis d’un autre expert, Simon Dubé qui est chercheur au sein des Laboratoires d’étude de la vision de l’Université Concordia au Canada, est particulièrement intéressant.

sexe du futur

Une meilleure éducation sexuelle avec des humanoïdes

Au lieu de se cantonner à une utilisation purement sexuelle de ces humanoïdes, ce chercheur et les collègues qui l’accompagnent dans ses travaux expliquent que les possibilités sont vastes en matière de sexe, si on ne voit plus les robots uniquement comme une forme d’objet de plaisir.

Bien sûr, il pourrait permettre au sein même d’un couple d’assouvir les envies d’un partenaire non partagées par l’autre, ou bien de mettre fin à la prostitution en remplaçant les travailleurs du sexe par leurs homologues fait de fils et de connectiques. Une expérimentation médicale montrerait que ces robots seraient un moyen efficace de lutter contre la pédophilie, puisqu’ils permettraient d’orienter les désirs des pédophiles vers des robots. Dans ce dernier cas, un problème d’éthique peut surgir mais on entrevoit le champ d’action possible.

Enfin, un usage éducatif des androïdes peut être envisagé. Plutôt que d’être éduqué par la pornographie, pourquoi les jeunes adultes ne pourraient-il pas expérimenter certaines choses avec des robots ? Durant son étude de l’érobotique, qui explore les interactions érotiques entre l’homme et la machine, Simon Dubé a découvert que de nombreux participants décrivaient le partenaire artificiel comme le partenaire parfait. Du coup, cela pourrait être une manière nouvelle d’explorer sa sexualité.

Certains scientifiques vont plus loin, en envisageant ces nouvelles technologies comme des solutions pour combattre la solitude, pour lutter contre certains troubles ou pour guérir d’expériences traumatisantes.

Un panel de possibilités, pour ces moyens sexuels nouveaux qui sont déjà bien présents parmi nous. Il ne reste qu’à savoir si ces Digisexuels abandonneront totalement les partenaires de chair et d’os pour se consacrer à l’amour avec des robots ou si, comme l’entendent certains experts de la sexualité, ces machines ne feront que compléter une sexualité qui restera bien humaine. L’avenir proche devrait permettre de lever ces doutes.

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