C’est à l’occasion de la journée de l’orgasme du 21 décembre qu’une étude a été publiée par l’IFOP, et elle concerne le bien-être sexuel des Européennes. Si on constate qu’il y a bien eu des évolutions majeures dans le domaine au cours des dernières décennies, les Françaises trônent à la dernière place parmi les 6 pays interrogés dans l’étude. Découvrons pourquoi ce degré d’insatisfaction est élevé dans l’hexagone et ce qui différencie le France des pays ou les femmes sont le plus épanoui.

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Des femmes épanouies sexuellement en Hollande

L’étude en question a été menée sur 6 pays que sont la France, L’Italie, l’Espagne, la Hollande, l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec un panel représentatif de 6000 femmes. Et ce qu’il en ressort, quand on leur demande si elles sont satisfaites de leur vie sexuelle, c’est que les femmes les moins satisfaites se trouvent…dans le Sud de l’Europe.

Les moins bien loties seraient les Françaises, avec 31 % de réponses négatives, suivies par les Italiennes (29 %) puis par les Espagnoles à 27 % (à égalité avec les habitantes du Royaume-Uni). A l’inverse, c’est au Pays-Bas (24 %)  et en Allemagne que les femmes vivent le mieux leur sexualité.

On constate donc que les pays dans lesquels la femme est le moins épanoui sont les pays les plus conservateurs, ceux dans lesquels la vision de la femme n’est pas aussi libre qu’elle pourrait l’être et qu’on appellera les pays latins.

Si les résultats positifs sont aussi élevés en Hollande ou en Allemagne, ce n’est peut-être pas un hasard. Ces pays – en particulier les Pays-Bas – sont  connus pour offrir une éducation plus libérale en matière de sexualité, notamment en inculquant les bases de l’éducation sexuelles aux enfants et en présentant le sexe comme un choix libre, sans tabou. Un comportement qui s’oppose donc  à l’éducation catholique des pays du trio Sud et qui expliquerait cette différence dans la satisfaction sexuelle.

Autre partie de l’étude intéressante, celle qui demande aux femmes si elles sont satisfaites de leur vie sentimentale actuelle. Sans surprise, on découvre que les plus heureuses en couple  sont… les hollandaises et les allemandes, alors que les plus mécontentes sont les françaises et les espagnoles qui sont le moins contente. Un lien évident est à faire entre ces 2 éléments, qui viennent en appuyer un troisième : les pratiques sexuelles.

Selon le type de sexe pratiqué, le taux de satisfaction varie et on constate que c’est dans les pays ou le sexe oral est le plus diffusé que le degré de satisfaction est le plus élevé. Ainsi, fellation et 69 sont pratiqués à 90 % par les hollandaises… contre 88 % en France. C’est en Italie et en Espagne – très connotés du fait de la religion omniprésente – que les rapports bucco-génitaux sont le moins diffus avec 82% de femmes l’ayant réalisé une fois dans leur vie.

Ces résultats intéressants peuvent être comparés à la prétendue récession sexuelle observée par certains spécialistes. Et si c’était ce qui causait l’insatisfaction en France, en Italie et en Espagne ?

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Une peur de faire l’amour chez les trentenaires ?

Dans certains pays – c’est très flagrant aux USA – le sexe occupe une part moins importante dans la vie des trentenaires que dans celle de leur aïeux au même âge. Un constat qui pourrait nous pousser à nous demander si ce n’est pas cette diminution de la sexualité qui entraine le souci, notamment en France.

Dans l’hexagone, le taux de cohabitation sous le même toit et plus faible que dans le reste de l’Europe, ce qui peut être un élément de réponse. Si on tient compte des facteurs sociétaux, comme un taux de chômage élevé et une grande consommation d’antidépresseurs dans le pays, on peut commencer à entrevoir une partie du problème.

Toutefois, cela n’explique pas tout. Cette génération née dès la fin des années 80 semble préférer le virtuel au réel, et connaît quelques addictions qui n’arrangeraient pas leur affaire au lit, créant certainement un manque chez certaines femmes. On peut citer le porno, les séries et une utilisation des réseaux sociaux / des plateformes de rencontres en ligne.

En effet, chez ces Digisexuels, la sexualité semble passer au second plan et on constate des problèmes d’érection plus fréquents chez les hommes de cette génération. Parmi les explications avancées, on trouve le porno parmi les principaux accusés. Offrant une vision erroné du sexe mais présent partout et accessible très facilement, le porno déforme la réalité des attentes et crée des complexes chez certains jeunes, qui vont choisir le plaisir solitaire plutôt que l’échange à deux, par peur du jugement. Quand on sait qu’en 2017 (selon cette même étude IFOP), 74 % des femmes admettent s’être masturbées au cours de leur vie (contre 42 % en 1992), et qu’on voit que la pornographie féminine se démocratise, il est facile d’y voir un lien de cause à effet.

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Hormis la pornographie, l’addiction aux écrans est également pointée du doigt, notamment les services de vidéos en streaming de Netflix et consorts, qui incitent à rester de longues heures devant sa Tv, à enchaîner les épisodes plutôt que de s’amuser un peu au lit. D’ailleurs, cela entraîne une fatigue accrue (en rognant sur les heures de sommeil) et impacte irrémédiablement la vie sexuelle.

Enfin, les réseaux sociaux et les plateformes de rencontre en ligne ont une influence palpables sur les trentenaires actuels, qui se sont habitués à deux choses : l’échange virtuel comme moyen de communication privilégié et la peur de s’engager, du fait du trop grand choix qui s’offrent à eux. Avec Tinder par exemple, les possibilités semblent infinies et cela crée des comportements nouveaux, comme le Breadcrumbing qui consiste à mener une relation sans jamais vraiment s’impliquer, car on est persuadé qu’il y a mieux ailleurs.

Des coupables tout trouvés, mais des résultats à relativiser selon les spécialistes du domaine en France.

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Des résultats à nuancer

S’il semble évident qu’une bonne éducation sexuelle mène à plus de bien-être au lit, comme en témoigne les résultats des pays du Nord bien plus ouverts à ce niveau-là, et qu’il est nécessaire de décomplexé la Femme vis-à-vis de ses désirs et de son corps, les experts français estiment que cette récession peut s’expliquer différemment.

D’abord, dans la façon de mener les études qui est passé d’interrogatoires directs auparavant à des études menées via internet, qui laissent plus de place à l’honnêteté. Il est en effet plus facile de répondre qu’on est insatisfait au lit quand on est derrière un écran, que face au docteur. Ensuite, c’est le contexte global du monde qui doit avoir son importance. Quand il y a crise économique, il y a montée du puritanisme et donc un recul du sexe sous ses formes les plus osées, de manière générale.

Le contexte socio-économique et l’état d’une société influent fortement sur la vie sexuelle de ses citoyens, car si un individu est angoissé par son future ou stressé au travail, qu’il est épuisé par de longues heures de boulot, il n’aura pas envie de sexe (à deux, du moins). Idem pour les études plus longues, qui obligent certains jeunes à s’éterniser chez papa-maman et par l’illusion de possibilités amoureuses qu’offre la société. Certains préféreront enchainer les relations éphémères jusqu’à un ras le bol qui les éloigne du sexe à deux, ce qui n’est au final pas un motif de satisfaction sexuel.

Sources :